Cassandre Auvray, Louise Dessart, Clémentine Diverd
Planche illustrative du Libeso
Dans un monde d’hyper-connectivité, les frontières entre vivant et inerte se métamorphosent. On observe l’apparition de créatures hybrides à l’instar de l’Odonata Paradisaeidae. Plus communément appelées Libeso, ce virus transmis de machine en machine et qui se manifeste ensuite physiquement sous forme de créatures à la fois mécaniques et organiques. Ces créatures migratoires sont inoffensives pour l’homme, elles cherchent inexorablement à se rejoindre afin d’échanger de la connaissance volée à leur hôte. Elles sont cependant condamnées à une vie solitaire, reliée à la machine. Afin de communiquer, les libeso laissent des marques sur leur passage, une sorte d’alphabet qu’eux seuls semblent comprendre et qui est le reflet de leur lutte acharnée.
Pour ce projet nous avons souhaité créer un objet inscrit dans une narration. Nous avons réalisé plusieurs prototypes de créatures mécaniques à l'aide de composants arduino jusqu'à découvrir le Libeso. Cette créature possède des plumes et membranes qui, trempées dans l’encre, lui permettent de laisser des traces sur le papier. L’utilisation de ces matériaux organiques et légers peut rappeler le travail de Rebecca Horn, une artiste qui crée des sculptures en mouvement avec des plumes. Cependant dans les sculptures de Horn les mouvements sont délicats, tandis que les gestes de notre créature sont archaïques. En se débattant les Libesos dessinent des symboles proches de l'imagerie du test de Rorschach. Lors de ce projet nous avons questionné le rapport sensible entre l'humain et la machine lorsque l'on donne à cette dernière des caractéristiques proches du vivant. La notion de pathos fut centrale dans notre processus de recherche: comment générer de l'empathie, de la pitié pour la machine ? Cette question fut également nourrit par le travail de Sun Yua et Peng Yu avec leur oeuvre-performance Can't Help Myself, un bras robotique bloqué dans un cycle dans lequel il nettoie le sol et essaie de ramasser le liquide le maintenant en vie. Notre créature ailée pousse un cri strident et répétitif qui rappelle celui d'une alarme, qui signifie l'urgence et la détresse de cette dernière.
Le Libeso est à l'image de l'identité humaine, fragile, vulnérable et éphémère. Le constat est que tous les appareils nous prolongent et nous amputent en même temps. Nous sommes en quelque sorte incapable d’aller aussi vite que le monde numérique, d’être aussi conscient que lui. Le monde réel, qui lui ne peut pas s’expandre de la même façon, semble beaucoup plus lent et empreint à l’oubli.
