Notre machine à dessiner est un assemblage volontairement rudimentaire de composants mécaniques et d'éléments de l'univers du jouet ( légo, roue ...). Inspirée par l’univers agricole et industriel, elle détourne l’image de la machine productive pour en faire un outil de création, capable de transformer une surface en terrain de dessin.
Le projet s’inscrit dans une réflexion autour de l’imperfection contrôlée. Plutôt que de viser la précision ou la reproductibilité, nous avons introduit de l’instabilité dans le système lui-même. La machine a été volontairement déséquilibrée, notamment par l’ajout de matière au pistolet à colle sur l’une des roues, perturbant sa trajectoire. Ce geste simple génère des déviations. Les tracés produits ne sont donc jamais identiques. Ils deviennent les traces d’un mouvement contraint, influencé par le poids, la vitesse, le sol et les dysfonctionnements intégrés à la machine.
Avec du recul nous avons remarqué que notre travail dialogue avec des travaux artistiques reconnus. Les Méta-Matics de Jean Tinguely interrogent déjà la délégation du geste artistique à la machine et la dimension absurde ou autonome de la production. Le Senseless Drawing Bot de So Kanno et Takahiro Yamaguchi explore quant à lui une écriture machinique indépendante de toute intention figurative, où le tracé devient la pure expression du système. Enfin, les installations d’Arcangelo Sassolino mettent en jeu la tension et la résistance des matériaux pour révéler une esthétique du déséquilibre.
À travers ce projet, nous avons développé une esthétique du “work in progress”, où la machine reste visible dans sa construction et ses ajustements précaires. Cette esthétique participe à la création d’un imaginaire hybride, entre le bricolage et l'engin agricole miniature.