Texte pour les lundis de l’Etna à Méga-Pobec

Introduction lue en préambule de la diffusion
Programmation : Maria Kourkouta et Philippe Côte

Bonjour,
je m’appelle Boris du Boullay, j’ai 41 ans, je commence à perdre la mémoire, par exemple quand je vois une fourchette, je sais bien ce que c’est puisque c’est une fourchette, et j’ai également tout à fait bien conscience que je connais le mot “fourchette”, mais je ne parviens pas à dire “fourchette”, parce que le mot reste coincé au bord de mes lèvres, et parce que le mot qui me vient à l’esprit est “Fortitude” de Lapierre et Collins et aussi “courgette”, sans doute parce que “Fortitude” plus “courgette”, ça fait “fourchette”.

A part ça, le présent est une rencontre, c’est le sujet de cette programmation.
Pour le cinéma, certainement, il est l’illusion d’un présent-présent au moment inouï du tournage, ce face-à-face que l’on peut dire “rencontre”.
Bon. Le cinéma est doué d’ubiquité temporelle car il également parfaitement ontologiquement un art du passé dans tous les sens du terme, aujourd’hui enfoui sous un fatras numérique. C’est l’art de Staline les jours de pluie, et de Chaplin les jours de printemps quand la vie est merveilleuse à lire un livre dans un parc de ville.

Pour suivre cette idée de présence au présent à l’écran, voici une sélection de films dont la projection mentale puise aussi bien dans l’introjection de Mélanie Klein que dans l’imaginaire d’une chanson de Nana Mouskouri coincée dans la gorge. Inscrite dans le temps de l’enfance au moyen de l’écriture (l’écriture concrète, l’écriture avec des mots, ceux-là justement qui désormais m’échappent des lèvres depuis que j’ai 41 ans, l’écriture qui permet cette inscription du temps de l’enfance dans le réel en la contractualisant sur le même principe que Léopold Sacher-masoch avec la Vénus à la fourrure), cette projection mentale tente de se trouver une assise, pour éviter la chute.

Les 4 premiers films sont narratifs comme une pierre dans un jardin.
Les films suivants, appelés “saynètes” gardent l’aspect simpliste et frontal de leur dispositif de mise en scène : la confrontation stupéfaite, voire hébétée.