Lomolitos x 24 ans (2006-2029)

Une photo par an pendant 24 ans sur un même appareil photo lomolitos.

“Le propre de la vie est qu’elle ne se donne jamais comme autre ou extérieure à elle-même, mais s’éprouve elle-même dans une auto-affection au sens strict, de telle sorte que le contenu de cette affection subie par la vie n’est rien d’autre qu’elle-même. C’est seulement dans et comme ce s’éprouver immédiat, indépassable et invincible, que quelque chose comme un “vivre” est possible.”
Michel Henry Auto-donation, Entretiens et conférences, Beauchesne Éditeur

Novembre 2006, Thierry m’offre un cadeau, un lomolitos, un appareil photographique jetable qu’il a acheté à New York. Je pose cet appareil photo dans l’entrée de mon appartement. Je regarde ce lomolitos chaque matin avant de partir au travail, un dernier coup d’œil avant de fermer la porte. Je décide de faire une photographie par an avec ce même appareil. Un autoportrait entre le jour de Noël et le jour de l’an. Une photo par an, c’est la possibilité de nouer le champ personnel autour d’un quasi non événement, la prise d’une photo qui se perd dans un temps qui n’est plus le sien, puisqu’au final ces photos qui ne seront développées qu’en 2029. Bien sûr, en faisant une photo par an avec un appareil 24 poses, cela m’emmènera sur mes 60 ans. Bien sûr, ces photos formeront une série. Mais ce n’est pas la répétition qui m’intéresse. L’aspect sériel est contingent de ce projet.

Ce qui m’intéresse avant tout, c’est la fragilité. La fragilité du support d’abord, parce que le lomo jetable est un support fragile, presque d’enfant, fait pour le “fun”, les fêtes, le temps passager. Faire de cet appareil fragile le support d’une œuvre pesante de sens, voire pénible ; confier à cet objet anodin, sans grande valeur,la lourde responsabilité de ce projet, cela me touche comme une précaution vaine devant la vie. Fragilité aussi de la pellicule qui devra attendre 24 ans avant d’être développée et révéler ses 24 instantanés. Parce que tout indique au jour d’aujourd’hui où s’initie ce projet que les sels contenus sur la pellicule auront disparu dans 24 ans et que les photos développées seront noires. De fortes chances pour que cette révélation soit décevante, et qu’en ce sens elle (aura) dit quelque chose des 24 années écoulées. Fragilité du projet encore car réaliser ces 24 photos reste un acte personnel, singulier, intime, amateur, refermé, tout le contraire d’un projet conceptuel. Non. Il est particulièrement, crûment quotidien, réel, ancré dans une vie qui se phénoménalise en elle-même, debout, les yeux fermés.

S’est posée pour moi la question de la restitution de ce projet, de son accompagnement, de la trace de son existence. J’ai décidé de faire une page sur internet qui soit porteuse de cette trace, un simple état des lieux des photos déjà réalisées et des photos à venir. Entre les cases, entre les mots, la Vie s’infiltre, notre regard la perd, mais elle s’éprouve en nous. Chaque année, le site sera mis à jour de la photo réalisée, avec son bref contexte, la date, l’heure et le lieu. Lomolitos x 24 ans, c’est un trou qui abandonne à la vie qui s’échappe l’insistance d’un regard sur la déception et la perte.

En un mot, sur rien. Tant d’efforts pour pas grand-chose, c’est bien la vie qui aura été tentée d’être photographiée.

Lomolitos 2013
samedi 28 décembre

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10h08. Sapin de Noël, à décorer. Maman cochon va-t’elle aimer la déco ?
Photo mécénée par Fabien Lainé.

Lomolitos 2017

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Photo mécénée par Eric de Sarria

Lomolitos 2019

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Photo mécénée par Laurent du Boullay

Lomolitos 2020

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Photo mécénée par Chiara Malta

Lomolitos 2023

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Photo mécénée par Sandrine Mens

Lomolitos 2025

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Photo mécénée par Isabelle Fargette

Lomolitos 2028

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Photo mécénée par Jacqueline Masquelier

Lomolitos 2029

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Photo mécénée par Marie-Laure Choplin